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Jean Smoorenburg, missionnaire hollandais installé en Haïti depuis 1981, répond aux questions de Bruno Liégeard.

''Bruno Liégeard:
10 années en Martinique comme missionnaire c’est bien... mais qu’est ce vraiment que
la mission ?''


Jean Smoorenburg: En 1972, la Martinique était un paradis. J’y ai passé 10 années très actives, pleines de bénédictions, mais aussi de luttes et de moments difficiles. Peu d’argent et le mal de mon pays, la Hollande.

Ce n’était pas facile, en tant que jeune missionnaire ayant une famille avec deux jeunes enfants, de trois mois et  de deux ans et demi,
Pourtant je n’ai garder que des bons souvenirs de cette période.
Par rapport à Haïti, nous n'avions pas ou très peu de travail humanitaire, mais surtout spirituel, étant donné que l’Evangile n’était pas très encore connu en Martinique à l'époque.

''Bruno Liégeard: Frère Jean, 28 ans en Haïti c’est une expérience que peu d’européens ont vécu. Quels sont les premiers mots qui te viennent à l’esprit pour évoquer ces années ?''


Jean Smoorenburg: Je crois que nous avons vécu en trois mois plus que la plupart des gens ne peuvent vivre durant toute leur vie. En effet c'est en 1986, que nous avons subit la révolution anti Jean ClaudeDuvalier , avec ces tueries inimaginables menées par les tristements célèbres tontons macoutes. Apres les différents coups d’états, dont celui de 1991 contre Aristide, le plus meurtrier ou nous avons nous même faillit mourir.

''Bruno Liégeard: 31 ans au service de l’Eternel ne se sont pas écoulés sans difficultés, luttes, combats et bénédictions. Pourrais-tu donner quelques anecdotes à nos amis internautes ?

Jean Smoorenburg:: Ce qui est marquant, c’est surtout le danger avec lequel nous devons vivre constamment il faut être en permanence sur le qui vive.
Par exemple, quand on sort de la fondation, il faut surveiller les rétroviseurs pour s’assurer de ne pas être suivi par des bandes comme comme les chimères, d’autant que le kidnapping est encore monnaie courante en Haïti malgré la légère baisse de ces derniers mois .

''Bruno Liégeard:Quels sont les sacrifices que doivent faire les missionnaires ?

Jean Smoorenburg:Avant tout, le sacrifice de soi, c’est à dire, qu'il ne faut pas avoir de valeur à ses propres yeux, qu'il faut s'effacer devant l'intérêt de son prochain. La vie d’un missionnaire est constamment tournée vers les autres.
On est en permanence confronté aux problèmes des autres.
C’est encore plus vrai en Haïti où les conditions de vie pour la plupart des haïtiens sont épouvantables, inimaginables  pour quelqu’un qui ne l’a pas vu de ses propres yeux.

''Bruno Liégeard:  Comment as-tu été guidé vers un pays aussi difficile?

Jean Smoorenburg: Après ces 10 ans, les Martiniquais pouvaient prendre la relève, je n’étais plus vraiment indispensable, j’ai donc commencé à prier pour que ma vie prenne une autre direction dans le service de Dieu.
C’est pendant cette période que j’ai reçu l'invitation d’un pasteur haïtien pour visiter Haïti, son île.
Cette visite m’a bouleversé et a complètement changé le cours ma vie et celle de ma famille. ce jour là, la visite d'un orphelinat ressemblant plus à une étable qu'a une maison m'a marqué à vie.
Il y avait plus de 50 petits enfants, tous, souffrant de malnutrition et dormant à même le sol. C'est alors que la vision du village des enfants s'est imposée à moi.

''Bruno Liégeard: Nous savons maintenant que la vie d’un missionnaire est trop souvent faite de sacrifices mais il faut un strict minimum quant on arrive dans un pays inconnu. Cette période n’a t elle pas été de vaches maigres ? et jusqu'à quel point ?

Jean Smoorenburg: Les vaches maigres c’était surtout en Martinique, parce que nous n'étions encore connu des églises hollandaises et caribéennes.
Nous étions  partis sans salaire, par la foi.  Heureusement que les frères et sœurs de la Martinique étaient très généreux. Ils nous ont aidé à passer les moments difficiles. J’ai toujours à l'heure actuelle de très bonnes relations avec les frères et sœurs de la Martinique qui me le prouvent  à chacune de mes visite.
Avec les années nous avons  été reconnus en Martiniuqe en Hollande etc.  Nous avions suffisamment pour subvenir aux besoins principaux de la famille,.
en arrivant en Haïti
''Bruno Liégeard: Aujourd’hui le village est une réalité, mais comment est–il passé du rêve à la réalité?

Jean Smoorenburg: Avec beaucoup de prières, et de ténacité. Il faut contacter des organisations qui sont capable d’aider. Je me sentais parfois plutôt  représentant que missionnaire. Quelle joie de voir les 2 premiers appartements se construire. Quelle victoire de voir arriver les 24 premiers enfants des quartiers pauvres et des bébés abandonnés de l’hôpital. Mais bien qu’on ait pu réussir quelques chose, aujourd’hui, la lutte pour trouver de l’argent reste toujours la même. Nous recevons, des dons, des églises, des chrétiens. Mais aussi de quelques donateurs laïcs, Car nous ne sommes pas subventionnés. Les dons ont plusieurs formes, principalement pécuniaire, mais aussi vêtements, fournitures scolaires, médicaments etc. La Martinique et la Belgique nous aident aussi, mais je dois toujours voyager, tel un représentant de commerce, pour que le village continue de vivre. Nous vivons toujours par la foi.

''Bruno Liégeard:Combien d’enfants, combien d’anciens, combien de familles, combien d’églises, combien d’écoles as-tu aidé au travers de la fondation?


Jean Smoorenburg: A ce jour nous avons pu aider plusieurs centaines d’enfants à commencer et réussir leur vie. Beaucoup seraient morts si nous ne les avions pas recueillis dans notre village. A côte du village nous avons plusieurs autres activités. Comme 2 écoles ou plus de 900 élèves reçoivent une éducation.
Nous avons deux églises, parce que nous croyons que l’évangile change aussi la vie des gens.
Nous avons une maison de vieillards.
Nous avons une centre de formation et de congres, ou nous organisons des séminaires divers. D’autres organisations peuvent aussi utiliser ses bâtiments.
Nous aidons des familles a monter des petits commerces, pour pourvoir à leurs propres besoins.
Nous aidons d’autres orphelinats Haïtiens qui en ont besoin, etc.
Il serait très long de mentionner tout ce que nous avons pu entreprendre pour les haïtiens depuis 24 ans.

''Bruno Liégeard: Certains ont qualifié le village de l’espoir de "paradis", il ne peut en être autrement pour une organisation qui s’est fixée comme but de sauver de la rue, des griffes de l’ennemi, des enfants. Qu’est ce qui a fait que ce projet, qui est parti de rien, soit aujourd’hui appelé Paradis?

Jean Smoorenburg: L’expérience veut que si l’on veut faire quelques chose de sa vie et que ce soit pour le Seigneur, on attire toujours la critique, surtout de la part de personnes qui n'ont guère d'activté.
Si l’on regarde la vie à l’extérieur du village, la vie des quartiers pauvres tel que "la terrible  cite soleil" et qu’on les compare à la vie au sein de la Fondation, effectivement notre village est propre et tranquille.
Un visiteur m’a dit, c’est comme entrer dans une oasis de sérénité et de propreté, si tu as fait un petit tour dehors. Si quelqu’un appelle notre village "un paradis" je le prend comme un vif compliment. Mais je dois quand même souligner que la vie dans le village est très simple, humble et que les enfants ne vivent pas dans le luxe, tel que les Européens pourraient le concevoir.

''Bruno Liégeard: Que pouvons nous faire, nous qui sommes en dehors d’Haïti, pour que dure ce Paradis ?

Jean Smoorenburg: Nous sommes tous appelés à faire quelques chose. Aujourd’hui beaucoup des gens ne vivent que pour eux mêmes, plus grandes maisons, plus grosses voitures, vacances, l’argent devient leur dieu. Mais, je crois qu’en fin de compte, cela ne donne pas satisfaction.
Je ne suis pas contre la richesse ou l’abondance, la Bible dit que nous aurons l’abondance, mais il faut partager.
Consacrer une partie de votre vie aux peuples pauvres, même si ce n’est que pour un court temps.
Donner une partie de votre argent à ceux qui sont dans le besoin, fait la différence dans la vie de quelqu’un.
Je ne parle pas seulement de notre fondation.
Mais vous pouvez faire cette différence, si vous visitez une maison de retraite, pour visiter une personne âgée seule qui n'a plus de famille plus personne dans sa vie.

''Bruno Liégeard: Merci, Jean, du temps que tu nous as consacré et de nous avoir éclairés sur ce qu'est réellement la mission !

 

Mise à jour le Samedi, 15 Août 2009 19:44
 
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